Ravages | Le défi du « Main title »

Quand j’ai décidé de me lancer dans ce projet — un peu fou pour le débutant que je suis — de créer la bande originale de ce jeu de rôle, il est apparu assez rapidement et de façon évidente qu’il me fallait écrire un thème d’ouverture. Et par conséquent, humblement mais inévitablement, me placer à la suite de Jeremy Soule et de Brad Derrick, dont j’admire tant le travail. Un véritable défi.

Ainsi donc, au moment d’appuyer sur les touches du piano pour chercher les premières pistes d’un thème principal s’inscrivant dans l’univers de The Elder Scrolls, une seule question résonne dans ma tête, s’impose et devance tout le reste : comment espérer produire un morceau avec une telle puissance guerrière et émotionnelle, avec une telle intensité et une telle capacité à faire surgir du néant l’epos et tout ce qu’il charrie d’héroïque, de glorieux, de tragique ? Rien que ça. Quoi de plus médusant ?

Mais une fois passé le vertige de la page blanche et de la déférence excessive envers les maîtres, je décide d’attraper les clichés du genre par les cornes, et advienne que pourra. Ainsi, plusieurs évidences apparaissent.

Au niveau de la composition, d’abord : le maître-mot doit être la simplicité, le morceau doit être franc et direct, et doit nous dire très rapidement : « vous allez vivre une aventure guerrière épique ! » Je pars donc de l’intervalle de quinte ascendante (sol-ré), intervalle héroïque s’il en est (et qui sonne comme un appel), pour construire une mélodie qui se développe peu à peu, par la répétition, jusqu’à atterrir à l’intervalle de quinte suivant (ré-la) qui sonne, à mon goût, plus interrogatif, comme un souffle retenu, un cliffhanger en quelque sorte. La mélodie est ensuite répétée avec adjonction d’une contre-mélodie, et quelques variations, jusqu’au finale.

Au niveau de l’orchestration, ensuite : je la construis autour d’une section de cuivres, tous cors devant ! Je place des appels de cuivres en guise d’introduction musclée, des cloches tubulaires et des percussions pour le côté héroïque-fantasy et attention-ça-va-castagne. La mélodie et les harmonies sont renforcées par une forte présence des cordes, pour donner du volume (« héroïque », on a dit !) mais aussi pour donner un certain grain à la couleur globale (les cordes granuleuses évoquant, à mon goût, le désert, et plus particulièrement ici le désert Alik’r dans lequel se déroule notre histoire).

Sur ce point, moi qui suis absolument transporté par le côté très granuleux des cordes solo exotiques (il faut écouter la B.O. d’Elsweyr, les amis !), je décide de ne pas prendre cette voie et de conserver les cordes en section pour ce morceau. Pour deux raisons : d’abord mettre l’accent sur l’héroïsme, donc (ici) sur la densité orchestrale ; ensuite ne pas trop insister sur l’exotisme pour que ce morceau d’ouverture convienne à chacune des sessions de jeu, quelque tournure que prendra l’intrigue (dont je n’ai aucune idée). Pour rappeler tout de même, d’une certaine manière, la culture du désert (mais assez discrètement et assez vaguement pour que ce soit laissé à la libre interprétation de chacun) je choisis de glisser dans l’harmonie les cordes frappées d’un dulcimer. Et pour donner au morceau un côté étrange et indéterminé, j’utilise les cordes des contrebasses en guise de percussion.

Après quelques heures de travail, je suis surpris d’être déjà satisfait par ce morceau. Mais il manque quelque chose, à mon goût, pour que cela puisse se raccrocher efficacement à l’univers de The Elder Scrolls. Je décide donc, en guise de clin d’œil, et d’hommage, de placer dans mes harmonies basses une partie du thème principal écrit par Jeremy Soule, adapté à ma grille d’accords. En second clin d’œil, plus évident cette fois, je clos le morceau par ce même thème, joué par les trombones seuls, et j’ajoute en guise de point final trois coups de percussion faisant écho à ceux du tout début de l’ouverture (légendaire !) de Skyrim.

Je suis heureux d’avoir pu composer mon propre thème, tout en inscrivant ce projet amateur dans la grande fresque des Parchemins des Anciens en citant humblement ce thème iconique.

La boucle est bouclée… L’aventure peut commencer !

février 2023